Trois critères d'achat, pas un seul
Les catalogues classent les stéréotests par finesse, en secondes d'arc. C'est le critère le moins utile au moment d'acheter, parce qu'un test très fin est inutilisable chez l'enfant qui ne coopère pas, et qu'un test grossier ne dira rien d'une microtropie. Trois autres caractéristiques décident de ce que vous pourrez faire avec.
- Le port de lunettes. Il conditionne l'âge minimal d'utilisation, la durée de l'examen et la coopération.
- Les indices monoculaires. Un test qui en comporte peut être réussi sans vision stéréoscopique, ce qui en fait un outil de dépistage à interpréter et non une mesure.
- La plage de disparité. Un test qui commence très haut sert au dépistage grossier, un test qui descend bas sert à la mesure. Peu de tests font les deux correctement.
Les tests sans lunettes
Leur intérêt tient en une phrase : rien à poser sur le nez d'un enfant de dix-huit mois. Le stéréotest de Lang en est l'exemple le plus répandu, avec une séparation des images obtenue par un réseau cylindrique intégré à la planche.
Deux conséquences pratiques. D'abord, l'examen devient observable : l'examinateur regarde les yeux et le doigt de l'enfant plutôt que d'attendre une réponse verbale, ce qui compte beaucoup dans les fenêtres de dépistage ouvertes par le décret de 2022, entre 9 et 15 mois puis entre 30 mois et 5 ans. Ensuite, ces tests ne comportent pas d'indice permettant d'identifier une figure avec un seul œil ouvert, ce qui les rend difficiles à réussir par hasard.
En contrepartie, la plage de disparité couverte reste large et le test tolère mal l'inclinaison de la planche, sujet abordé plus bas.
Les tests à lunettes polarisées
C'est la famille du Titmus et du Randot. Le Titmus reste le plus connu, avec une structure en trois parties qui explique son usage : une figure de mouche à très forte disparité, de l'ordre de trois mille secondes d'arc, qui ne teste que la stéréoscopie périphérique ; une série de cercles concentriques descendant progressivement de huit cents à quarante secondes d'arc ; et des séries d'animaux à des valeurs intermédiaires.
Le point à connaître à l'achat est que le Titmus comporte des indices monoculaires : une partie des réponses correctes peut être obtenue sans vision stéréoscopique réelle. Cela n'en fait pas un mauvais test, cela en fait un test dont le résultat positif doit être confirmé quand l'enjeu est diagnostique.
Les tests à points aléatoires de la même famille, comme le Randot, réduisent nettement ce biais tout en conservant les lunettes polarisées, plus faciles à faire accepter que les filtres colorés.
Les tests à filtres rouge-vert
Le TNO en est le représentant classique : stéréogrammes à points aléatoires, séparation par filtres anaglyphes. L'absence d'indice monoculaire exploitable en fait un test exigeant, et les seuils qu'il donne sont couramment plus sévères que ceux obtenus avec un test à figures.
Cette sévérité est une qualité quand on cherche à confirmer, et un inconvénient quand on dépiste : contraste faible, densité des points et port de filtres colorés se combinent mal avec un enfant fatigué. C'est un test de seconde intention plus que de première.
Pourquoi il en faut plusieurs
Un cabinet qui reçoit des adultes en accès direct et des enfants en dépistage a besoin d'au moins deux logiques : un test sans lunettes, rapide et robuste, pour le dépistage du jeune enfant, et un test à points aléatoires, plus fin et sans indice monoculaire, pour confirmer et pour suivre.
À cela s'ajoutent les tests d'étude de la correspondance et de la suppression, qui ne mesurent pas la même chose et ne se remplacent pas : verre rouge, test des quatre points lumineux, barres de prismes. Ils appartiennent au socle du cabinet et non aux arbitrages budgétaires. L'Association française d'orthoptique publie des cahiers pratiques sur la stéréoscopie qui restent la meilleure entrée pour approfondir la partie clinique.
Côté approvisionnement, ces tests sont référencés par les distributeurs généralistes du métier, notamment MC2 Orthoptie et Orthoptix.
Entretien, remplacement et conditions d'examen
Ce qui fausse un test
Les stéréotests sont du matériel de main, et leur principal ennemi est l'usure invisible. Trois points reviennent :
- La distance et l'inclinaison. La séparation des images repose sur la géométrie de présentation. Une planche tenue de travers ou trop près ne mesure plus ce qu'elle prétend mesurer.
- L'état des lunettes. Les filtres polarisés rayés ou les anaglyphes décolorés dégradent la séparation. Ce sont des consommables, pas des accessoires : prévoyez des jeux de rechange.
- L'éclairage. Trop faible, il pénalise les tests à points aléatoires ; mal orienté, il crée des reflets qui donnent des indices monoculaires à des tests qui n'en ont pas.
À l'achat
Demandez ce qui est fourni et ce qui se rachète séparément, en particulier le nombre de paires de lunettes livrées et leur disponibilité à l'unité. Sur du matériel dont l'usage est quotidien et le prix unitaire modeste, la vraie question est la fourniture des pièces d'usure dans la durée, pas la remise sur la commande initiale.